06 février 2026
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Personne ne prétendra sérieusement qu'il ne s'est rien passé à Hungerburg. Au contraire : le développement depuis la 'fondation' du quartier actuel, mais surtout au cours des 120 dernières années, ne peut être qualifié que d'excitant et de fulgurant. Et de toute façon : les innovations dans la planification et la construction du Hungerburg ont été une sorte de modèle pour le développement du tourisme tyrolien. L'ancien pâturage d'altitude est d'abord devenu une 'station climatique' avec un quartier de villas attenant et un raccordement au chemin de fer de montagne. Après la Seconde Guerre mondiale, Hungerburg est devenu un véritable 'hotspot' touristique et une magnifique zone de détente pour la population d'Innsbruck. Cette histoire est racontée de manière très divertissante et riche en faits dans une publication des archives de la ville d'Innsbruck : 'Hungerburg - Architektur, Kultur, Natur', édité par Matthias Egger et Johann Holzner.

Pourquoi Hungerburg ?

L'histoire du château et de la faim était et reste encore aujourd'hui une source de confusion. J'ai longtemps pensé qu'il devait y avoir un mur là-haut. D'où viendrait le nom sinon ? Complètement faux, comme je le sais aujourd'hui. Il n'y a jamais eu de château ou même de bâtiment ressemblant à un château sur cette surface plane située 250 m au-dessus d'Innsbruck. Le nom est une invention libre, dont l'auteur fait toujours l'objet de spéculations. Toutefois, une ancienne tour d'observation datant du 20e siècle incite les contemporains peu méfiants à toutes sortes d'interprétations erronées.

Le plus grand poète, géologue et naturaliste tyrolien du 19e siècle, Adolf Pichler, est fortement soupçonné d'avoir donné son nom à la ferme. On raconte qu'un jour, après une exploration, il aurait exprimé sa colère face à la maigreur des repas servis à l'ancienne auberge Mariabrunn (visible sur la photo ci-dessus). Son exclamation colportée "dös ischt ja die reinste Hungerburg" serait alors l'heure de naissance de ce terme qui, à l'époque, était loin d'être populaire auprès des habitants. Pourtant, au fil des décennies, il a résisté aux tentatives les plus diverses de le remplacer. Même le néologisme bienveillant 'Hoch-Innsbruck' est passé depuis longtemps et a été oublié.

Le transformateur de Hungerburg

Le quartier actuel de Hungerburg est en fait né de 'rien'. Situé sur un magnifique haut plateau, il a longtemps été un lieu d'excursion boisé, accessible avec beaucoup d'efforts et de sueur , pour la population d'Innsbruck. Une 'moyenne montagne' du nord, pour ainsi dire. Jusqu'à ce qu'un gastronome du nom de Sebastian Kandler raccroche son uniforme de cantinier de la caserne du couvent d'Innsbruck et devienne le 'Hungerburgverwandler'. En 1903, il acheta l'auberge 'Mariabrunn ' qui était tombée en ruine ainsi qu'une propriété foncière considérable qui en faisait partie. Ce fut le début d'une métamorphose incomparable du plateau. Kandler voulait imiter l'exemple de Saint-Moritz et créer une station thermale d'altitude qui 'jouait toutes ses cartes', accessible par un téléphérique depuis les quartiers de Mühlau ou Hötting, et qui garantissait à ses hôtes des séjours luxueux. Son objectif de rêve était de créer, en transformant l'auberge, une sorte de grand hôtel qui pourrait se faire voir au niveau international. Il avait en outre une vision audacieuse pour l'époque : aménager un 'étang' artificiel dans lequel on pourrait même 'faire du bateau'.

Arrivée des invités en traîneau

Dans la section 'Streifzüge durch die Geschichte der Hungerburg' de l'hommage à ce quartier, l'historien Matthias Egger, éditeur du livre, décrit cette histoire passionnante de la Hungerburg. En partant des activités du pionnier du tourisme Kandler, Egger raconte les processus passionnants par lesquels un quartier à une seule couche plutôt désert se transforme en une zone touristique alpine-urbaine précoce et comment Kandler planifie le rôle principal pour son hôtel 'Mariabrunn'. En janvier 1905, la transformation de ce dernier était déjà suffisamment avancée pour que le restaurant puisse être ouvert. Par contre, la grande salle de concert ne fut inaugurée qu'en février 1906 lors d'une fête somptueuse. Une anecdote en passant : pour les quelque 300 invités, un service de transport en traîneau fut alors mis en place entre la ville et le Hungerburg. Sur une liaison routière que nous qualifierions aujourd'hui de sentier de randonnée escarpé.

Avec le Hungerburgbahn dans le quartier des villas

Ensuite, les choses se sont enchaînées. Avec l'ouverture du Hungerburgbahn, un funiculaire de la ville d'Innsbruck, le 10 septembre 1906, le plus grand problème de Sebastian Kandler fut résolu : l'arrivée facile de la clientèle payante de la ville. Il maîtrisait tout de même un dénivelé de 287,7 m avec des pentes allant de 18,5 % à 55,5 %. Avec la construction de la véranda de concert et de la petite tour panoramique, le complexe hôtelier de Mariabrunn était terminé. En 1908, l'infatigable Kandler y fit suivre le Karwendelhof en forme de pavillon, dans lequel on proposait différents divertissements, comme par exemple un bal maison avec de la musique de Schrammel. A côté de cela, il construisit entre 1904 et 1908 pas moins de trois maisons d'habitation, à savoir Villa Felsen, Villa Kandlerheim et Villa Karwendel.

Un premier monde d'expériences touristiques

Mot-clé : villas. Lorsque les frères Karl et Franz Schwärzler ont construit la villa 'Tiroler-Haus' sur un terrain acheté par Kandler, ils ont prévu d'y installer un atelier d'artisanat d'art portant le nom à la sonorité noble de "Première maison de spécialités tyroliennes". Désormais, l'art et la culture s'installèrent aussi sur la Hungerburg. Dans leur "Kunst-Ecke" (coin de l'art), on ne présentait que des œuvres d'artistes tyroliens sélectionnés au terme d'un processus de sélection rigoureux. Cela a convaincu des peintres comme Franz von Defregger, Mathias Schmid ou Anna Steiner-Knittel d'exposer leurs œuvres sur le Hungerburg. Cette qualité attira à son tour des collectionneurs fortunés.

Les Schwärzler se sont révélés être des investisseurs touristiques précoces qui pouvaient tout à fait égaler Sebastian Kandler. Ils reprirent l'idée de ce dernier d'un lac 'pour faire du bateau'. Mais un lac de baignade seul était trop modeste pour eux. Il fallait donc un hôtel de style tyrolien du nom de Seehof, un café viennois et une taverne en forêt. En quelque sorte, un premier complexe hôtelier. En outre, ils avaient prévu une tour panoramique de 15 mètres de haut avec des créneaux. C'est alors qu'est apparue pour la première fois au Tyrol une idée qui ferait encore fureur aujourd'hui. En effet, la tour devait d'abord être accessible par un trajet en gondole au-dessus du lac. Un puits d'accès souterrain éclairé de 10 mètres de long menait ensuite - selon l'idée - "à une galerie d'ascension verticale d'un ascenseur de personnes au moyen de la force électrique jusqu'à la plate-forme de la tour située au-dessus" La vue panoramique sensationnelle a dû avoir un effet durable à l'époque.

Un lac artificiel sur la Hungerburg

Une première tentative de remplir le lac en utilisant l'eau de la source de Prantlschrofena échoué lamentablement. L'eau s'est infiltrée dans le sous-sol. Celui-ci a alors été comblé par une couche de ciment. Mais c'est justement ce lac qui a fait connaître Hungerburg bien au-delà des frontières de la monarchie k&k de l'époque.

L'hôtel Seehof devint par la suite un pôle d'attraction très particulier et luxueux. En effet, les maîtres d'ouvrage se sont inspirés des standards de qualité des hôtels très distingués des Dolomites. Il suffit de jeter un coup d'œil à la carte des boissons pour se rendre compte de l'exclusivité de l'établissement : pas moins de 25 sortes de vin et six sortes de champagne y sont indiquées.

Un public international

Les visiteurs venaient des quatre coins de la monarchie, d'Europe et même d'outre-mer pour s'adonner au luxe alpin. Ils pouvaient s'y baigner en été, y patiner en hiver ou même descendre jusqu'au Mühlau sur une piste de luge préparée. Un enchantement mondain qui s'est toutefois terminé au bout d'un an seulement. L'éclatement de la Première Guerre mondiale mit brutalement fin à cette activité raffinée.

La route d'altitude se faisait attendre

Avec tous les aménagements, les constructions d'hôtels et l'offre de divertissement, le raccordement du Hungerburg au moyen d'une route d'accès digne de ce nom se faisait attendre. Pendant des années, la presse locale s'est plaint qu'une 'route carrossable vers le Hungerburgboden' était inévitable. Parce que 'là-haut, une colonie de villas portant fièrement le nom de 'Hoch-Innsbruck' se développe à un rythme effréné'. Mais les routes d'accès sont dans un état "qui fait apparaître la conduite d'une voiture comme une aventure". De plus, on fait ainsi le jeu du chemin de fer de Hungerburg : sans route d'altitude, 'chaque kilo de nourriture et de boisson est soumis à la taxe d'importation du chemin de fer de Hungerburg'.

Il fallut attendre le 20 septembre 1930 pour que la Höhenstrasse, longue de 3,55 km et présentant un dénivelé de 255 mètres, soit ouverte à la circulation.

L'article de Günter Denoth dans le livre 'Verkehrswege auf die Hungerburg' met en lumière la desserte du plateau par les transports. Il décrit l'évolution de cette installation unique en son genre, depuis la construction du funiculaire en 1906 jusqu'à l'installation ultramoderne actuelle, en passant par la rénovation technique du funiculaire. L'accès à la Seegrube et au Hafelekar par un téléphérique est également décrit en détail.

Le chapitre 'Die Architektur der Hungerburg' de Wilhelm Schlenz est quant à lui un hommage à l'histoire de la construction. Des architectes y ont immortalisé leurs projets de somptueuses villas ou de constructions comme celles de la station inférieure du Nordkettenbahn et des stations Seegrube et Hafelekar.

Le fait que des thèmes tels que 'Die Hungerburg in der Literatur' de Iris Kathan ou les " particularités naturelles du quartier" de Brigitta Erschbamer soient décrits complète à merveille cet intéressant projet de livre.

C'est grâce aux collaborateurs des archives de la ville que l'importance du Hungerburg pour le développement touristique du Tyrol a été mise en évidence. Les visiteurs en quête de repos et surtout ceux qui ont les moyens de payer devaient pouvoir découvrir le monde grandiose de la montagne d'une manière variée et passionnante.

Le matériel photographique unique ramène les lecteurs à une époque où des mots comme 'Sommerfrische' ou 'Grand Hotel' avaient encore un sens et où il existait même des 'merveilles techniques'. Un livre qui ne doit pas manquer dans les bibliothèques personnelles des amoureux de la ville d'Innsbruck.

Hungerburg
Architecture - Culture - Nature

Facettes d'un quartier de la ville, encadrées par de nombreuses photographies. Publié par Matthias Egger et Johann Holzner, 244 pages avec de nombreuses photos, ISBN 978-3-7030-6629-0, Universitätsverlag Wagner 2024, € 29,90.

Les commandes peuvent être passées ici : https://www.innsbruck.gv.at/shop/publikationen-2026-2011/hungerburg

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