© Marcella Ruiz Cruz
Ceux qui ont assisté en 2019 à la première du drame « Verkaufte Heimat » lors des Tiroler Volksschauspiele éprouveront un sentiment de familiarité en entrant sur le site : Une fois de plus, une maison en démolition (la dernière) du lotissement sud-tyrolien situé au nord de Telfs sert de décor en plein air.
Un décor spectaculaire pour « Die Feuernacht » aux Tiroler Volksschauspiele de Telfs : une maison en démolition dans le lotissement sud-tyrolien
Une scène spectaculaire
Avec « Feuernacht », les Volksschauspiele du Tyrol mettent cette année en scène la suite de cette épopée historique. La pièce s'inspire du troisième volet de la série télévisée « Verkaufte Heimat » de Felix Mitterer et a été adaptée pour la scène Peter Lorenz.
Le choix du lieu ne saurait être plus symbolique : pendant la Seconde Guerre mondiale, des lotissements sud-tyroliens ont été construits à la hâte dans toute l’Autriche. C’est là que devaient s’installer les « Optants », c’est-à-dire ces Sud-Tyroliens qui souhaitaient quitter leur région gouvernée par les fascistes. En tant que bâtiment voué à la démolition (il cédera la place à un projet de logements sociaux), l’édifice symbolise la perte de la patrie, un monde devenu fragile, ainsi que la perte d’identité de ceux qui ont quitté leur pays et n’ont pas pu y retourner.
Un accessoire imposant : au début du spectacle, une croix gigantesque est érigée.
Des scènes en direct et des enregistrements vidéo sont projetés sur grand écran.
La nuit des feux
Alors que « Verkaufte Heimat » traitait de la période à partir des années 1930 dans le Tyrol du Sud et des conséquences de l’italianisation, du fascisme et du nazisme, ainsi que des développements après la Seconde Guerre mondiale, « Feuernacht » se concentre quant à lui sur les événements dramatiques du début des années 1960. Au cœur de l’intrigue se trouve la nuit du 11 au 12 juin 1961, durant laquelle des militants du Comité de libération du Tyrol du Sud (BAS) ont fait sauter des pylônes électriques dans toute la région afin de donner plus de poids à leur revendication d’autodétermination.
L'histoire est complexe : il est question de droits à l'autodétermination en vertu du droit international et d'une spirale de violence qui a débouché sur la torture et des peines d'emprisonnement à perpétuité pour les soi-disant « Bumser ». Et tout au long de la représentation, on se demande sans cesse si les spectateurs dépourvus de connaissances historiques approfondies parviennent à suivre le fil de l’histoire à travers les 30 scènes que compte la pièce.
Éléments du décor : l'immense croix et la partie d'une grue de chantier sur laquelle se déroulent les scènes clés. Photo : Marcella Ruiz Cruz
Trois étages : une chambre de torture à l'italienne en bas, un salon au milieu et un fond musical au-dessus.
Histoires de famille
Trois familles sont au cœur de l’intrigue : les Rabensteiner, avec le père Sepp (Lukas Lobis) et la mère Kathi (Brigitte Jaufenthaler), ainsi que leurs fils Alfons (Lenz Moretti) et Peter (Daniel Klausner), qui sont tout autant brisés par les conséquences de la « nuit des incendies » que la famille Tschurtschentaler. Alors que Sepp est arrêté et gravement torturé et qu’Alfons devient un traître, Hermann Tschurtschentaler (Markus Oberrauch) parvient à s’enfuir par le Brenner. Condamné à la prison à perpétuité, il ne peut plus retourner dans le Tyrol du Sud. Son fils Toni (Freddy Redavid) meurt à la suite d’une trahison. Là aussi, son épouse Paula (Lisa Laner) reste seule avec leur petite fille (Anna-Lena Mair).
Brigitte Jaufenthaler, dans le rôle de Kathl Rabensteiner, tente sans cesse de faire changer d'avis son mari et ses fils. Photo : Marcella Ruiz Cruz
Placé devant la façade à l'aide d'une grue de chantier : un aigle tyrolien au message sans équivoque – bien sûr bilingue.
Dans la famille d'Magalone, Anna (Lisa Hörtnagl), qui parle allemand, et Ettore (Lukas Spisser), l'Carabiniere, se retrouvent pris entre deux feux : leur fils Andrea (Fabian Mair Mitterer) prend le parti de la « patrie italienne » et travaille comme informateur pour les services secrets.
Les rôles de genre sont clairement définis : tandis que les hommes font avancer l’intrigue par des actes de sabotage et de radicalisation, il ne reste généralement aux femmes que le rôle de celles qui mettent en garde contre les conséquences de la résistance violente.
Plus de 30 personnes participent à la pièce, dont le célèbre scénariste Uli Brée dans le rôle du rusé Dr Edlinger.
Des scènes dramatiques se déroulent sur scène : bientôt, il ne sera plus possible de distinguer les amis des ennemis.
Entre décombres et haute technologie
À cela s'ajoute toute une série d'autres personnages – du curé à une pauvre Italienne, en passant par des tireurs et des paysans. Avec plus de 30 acteurs et des décors qui changent sans cesse, il faut un certain temps avant de pouvoir identifier sans erreur les rôles, les liens de parenté et les relations entre les personnages.
Au final, il n'y a pas de vainqueur : Hermann Tschurtschentaler perd tout, et finit par perdre la vie. Photo : Marcella Ruiz Cruz
Pour rendre justice à cette histoire aux multiples facettes, le metteur en scène Thomas Gassner exploite tout l'environnement du bâtiment, intégrant aussi bien une grue de chantier qu'un élément de grue afin de mettre en scène de manière percutante les attentats et les événements qui en découlent. Compte tenu de l'immensité du décor, l'utilisation d'une caméra en direct, qui projette l'action sur un écran géant et en renforce l'intensité dramatique, s'avère particulièrement utile pour les spectatrices et spectateurs.
Ça va chauffer
Sur le plan linguistique, la pièce exige au moins des connaissances rudimentaires en italien : outre le tyrolien, on y parle beaucoup italien. Mais pas d’inquiétude : le sens se devine généralement grâce au contexte – y compris pour l’un ou l’autre juron bien connu.
Après l'entracte, le rythme s'accélère certes nettement, mais on constate tout de même quelques longueurs. Dans l'ensemble, la mise en scène se transforme ici presque en un « spectacle du Far West », où l'on tire et où l'on fait exploser des choses à tout va.
Les services secrets italiens et les groupes d’extrême droite ont tous deux joué un rôle dans les années d’attentats à la bombe au Tyrol du Sud. Photo : Marcella Ruiz Cruz
Bientôt, aucun des protagonistes ne saura plus vraiment qui est un ami, qui est un ennemi, qui est un allié et qui est un traître. Cela garantit de l’action, mais ne laisse aucune place aux nuances ou aux subtilités.
L’un des points forts est la bande originale d’Herbert Pixner et de son groupe, dont fait partie Manu Delago. Pixner, qui a composé ces morceaux spécialement pour « Die Feuernacht », fait preuve d’un sens aigu du son et offre, lors de sa brève apparition dans le rôle d’un médecin, un renversement de rôles amusant.
Magnifique : l'accompagnement musical de la « Feuernacht » avec des compositions d'Herbert Pixner (à gauche) ; Manu Delago (2e à partir de la gauche) était également présent.
À la fin du spectacle, toute la troupe a reçu un tonnerre d'applaudissements ; la mise en scène était signée Thomas Gassner, les costumes ont été créés par Esther Frommann et les décors par Raphael Hanny.
Conclusion
À la fin de cette soirée théâtrale, on se rend compte que dans ce genre de conflits, il y a beaucoup de perdants, mais aucun vainqueur.
Toutes les représentations de « Feuernacht » sont déjà à guichets fermés. Avec un peu de chance, vous pourrez encore dénicher quelques billets restants sur la bourse aux billets mise en place par les Tiroler Volksschauspiele sur Instagram. Sinon, il ne reste plus qu’à espérer une reprise l’année prochaine.
Spectacles populaires tyroliens
Untermarktstraße 5+7
A-6410 Telfs
Bureau: Obermarktstraße 6
Tél. : +43 676 83038 750 / +43 676 83038 753
Toutes les informations sur www.volksschauspiele.at
Vous trouverez des informations sur d'autres manifestations culturelles à Innsbruck et dans ses environs sur innsbruck.info.
Photos, sauf indication contraire : © Susanne Gurschler
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Innsbruck est sa ville de cœur, la vue sur la Nordkette sa source de joie intérieure. Journaliste, autrice d’ouvrages spécialisés, grande lectrice, photographe amateur, propriétaire de chien, amatrice de randonnées en montagne #ghostsofinnsbruck.
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